TRAVIRI
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Recrutement
Appel à candidature Post-doctorat - Date limite de candidature : 15 juin 2026 - 20h.
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Membres de l'équipe
Porteurs scientifiques :
- Pierre ELOY, Maître de conférences en démographie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CRIDUP (UE 139)
- Marie LOISON, Maîtresse de conférences HDR en sociologie, Université Sorbonne Paris Nord, Laboratoire Printemps (UMR 8085-CNRS/UVSQ)
Membres :
- Arielle Bernard Viseux, Doctorante en sociologie, Université Paris-Saclay - Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Laboratoire Printemps (UMR 8085-CNRS/UVSQ)
- Fanny Bujega-Bloch, Maîtresse de conférences en sociologie, Université Paris Nanterre, CRESPPA (UMR 7217)
- Sarra Chaïeb, Maîtresse de conférences en sociologie, Université Sorbonne Paris Nord, IRIS
- Pascale Dietrich-Ragon, Chargée de recherche en démographie, INED (UR 6 – LIST)
- Camille François, Maître de conférences en sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP
- Isabelle Frechon, Chargée de recherche en sociologie et démographie, CNRS, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Laboratoire Printemps (UMR 8085-CNRS/UVSQ)
- Louise Lacoste, Post-doctorante en sociologie, Université Rennes 2, Arènes, UMR6051
- Marion Lievre, Maîtresse de conférences en anthropologie, IUT Bordeaux Montaigne, UMR Passage
- Alice Mercier, Doctorante en sociologie, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Laboratoire Printemps (UMR 8085-CNRS/UVSQ)
- Bérangère Rocalve, Docteure en science politique, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CESSP
- Vianney Schlegel, Maître de conférences en science politique, Université de Lille, Ceraps
- Claire Scodellaro, Professeure des universités en démographie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CRIDUP (UE 139)
- Noemi Stella, Chargée de valorisation scientifique, sociologue, DREES, Centre Maurice Halbwachs
- Djemila Zeneïdi, Directrice de recherche en géographie, CNRS, Géographie-cités
Présentation du projet
TRAVIRI (TRAjectoires de VIe et Rapports aux Institutions des personnes sans logement personnel)
Lauréats de l'appel à projet Sorb’Rising Niveau 2 - Automne 2025
État de l’art de la thématique traitée et des enjeux sociétaux abordés
Dans la continuité de l’enquête statistique nationale portant sur les personnes usagères des services d’aide à destination des sans-domicile1 (dite enquête « Sans Domicile ») menée en 2025, l’actualisation des connaissances sur cette population est devenue cruciale dans un contexte d’aggravations des inégalités sociales. Le projet TRAVIRI que nous soumettons pour un financement Sorb’Rising 2 vise à approfondir la compréhension du sans- domicilisme2 et du mal-logement3 en rendant compte des évolutions structurelles récentes et de la diversité des profils et des trajectoires des personnes vivant en marge du logement. Il articule les méthodes d’enquête qualitative et quantitative en s’appuyant sur les résultats de l’enquête Sans domicile 2025, réalisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et sur un projet en cours de post-enquête qualitative sélectionné sur un appel à projet et mené sur l’ensemble du territoire métropolitain. Ces données offrent une opportunité exceptionnelle pour explorer les nouvelles dimensions de la grande précarité en France en adoptant une démarche pluridisciplinaire et multi-située.
Les résultats produits nous permettront de répondre à la question de recherche suivante :
Quelles sont les nouvelles formes et les nouveaux visages de l'exclusion du logement en France, et comment les discriminations croisées et les transformations institutionnelles façonnent-elles les trajectoires résidentielles des populations vivant en marge du logement ordinaire ?
Éclairer l’action publique et associative dans un contexte d’aggravation des inégalités
TRAVIRI répond aussi à plusieurs enjeux sociétaux majeurs dans un contexte de crise du logement et d’aggravation des inégalités résidentielles en France et en Europe. Le paysage institutionnel de la prise en charge des personnes en situation d’exclusion du logement a beaucoup évolué et s’est complexifié (Damon 2002) : augmentation des difficultés d’accès aux droits, aux soins, à la citoyenneté ; manque de logements sociaux accessibles ; saturation accrue de l’hébergement d’urgence et d’insertion. Dès lors, les pouvoirs publics et le secteur associatif font face à d’importants défis car les réponses institutionnelles actuelles apparaissent très largement en deçà des besoins des personnes concernées.
Cette complexité nécessite la production de données actualisées pour éclairer l’action publique en identifiant des leviers d’action susceptibles d’améliorer la prise en charge et l’accompagnement des populations sans logement personnel et mal-logées. Les récents travaux de recherche en France sur les populations vivant en marge du logement sont principalement issus de recherche qualitative (en grande majorité en Île-de-France) et très ancrés dans une discipline principale (sociologie, science politique, histoire, etc.). Quelques travaux plus récents ont croisé les approches qualitatives et quantitatives mais uniquement à l’échelle régionale (Dietrich-Ragon 2011; Eloy 2019; Filipe 2025; Loison-Leruste 2014). En produisant des connaissances originales à une échelle nationale, grâce à l’articulation de plusieurs méthodes d’enquête et à des analyses pluridisciplinaires, le projet viendra nourrir les pratiques professionnelles des travailleurs et travailleuses sociales, des acteurs et actrices publics et associatifs, et des financeurs. Il veillera tout particulièrement à rendre compte des problématiques des « nouvelles » figures de l’exclusion du logement comme les femmes seules ou avec enfants, qui ont jusqu’alors été relativement invisibilisées dans le débat public (Loison 2023a). Le projet ambitionne de documenter ces réalités méconnues tout en déconstruisant les représentations stigmatisantes qui entravent la compréhension du phénomène.
Méthodologie
Activités prévues dans le cadre du présent projet
Le projet TRAVIRI s’appuie sur une méthodologie mixte qui s’inspire du travail réalisé par le collectif « Cabane et Habitations de fortune » coordonné par Martine Quaglia à l’Ined et dont les résultats sont valorisés dans l’ouvrage La face cachée du mal-logement. Enquête en marge du logement ordinaire (Dietrich-Ragon et Loison, 2025).
Exploitation de l’enquête quantitative Sans-domicile 2025
L’exploitation de la base de données permettra de nourrir les trois axes de recherche du projet. Elle contribuera
à définir et questionner les contours du sans-domicilisme et du mal-logement (axe 1) en documentant la diversité des profils sociodémographiques, des situations résidentielles et des lieux de vie couverts par l’enquête. Les données quantitatives fourniront également des éléments essentiels pour analyser les trajectoires de vie et les rapports aux institutions (axe 2), notamment en ce qui concerne le recours aux dispositifs d’aide, l’accès aux droits, les parcours migratoires et les situations administratives. Enfin, l’approche intersectionnelle (axe 3) sera alimentée par l’analyse statistique des discriminations croisées liées au sexe, à l’âge, à l’origine ethnique et géographique et au statut administratif dans l’accès au logement et à l’hébergement.
L'équipe bénéficie d'une connaissance approfondie du dispositif d'enquête statistique, plusieurs de ses membres ayant déjà exploité les enquêtes Sans-domicile de 2001 et de 2012, et participé au comité scientifique de l'enquête Sans-domicile 2012. Cette implication leur confère une expertise précieuse tant sur les aspects méthodologiques que sur l'exploitation des données produites. Les corrections de la base de données et les pondérations sont actuellement réalisées par l’Insee et plusieurs membres de l’équipe (Pierre Eloy, Marie Loison, Pascale Dietrich, Isabelle Frechon) rejoindront prochainement le comité d’exploitation de l’enquête de 2025.
Enquête qualitative par entretiens semi-directifs
Dans la continuité de l’ouvrage La face cachée du mal-logement, les membres du projet travailleront à partir d’une grille d’entretien commune portant sur les trajectoires familiales, résidentielles et migratoires des personnes sans domicile ainsi que sur leurs rapports aux institutions d’aide en matière d’hébergement, de santé, d’emploi, de protection contre les violences et d’accès aux droits. Cette grille permettra d’approfondir les connaissances produites par l’enquête quantitative en recueillant des récits de vie et en documentant les expériences vécues par les personnes en situation de précarité résidentielle. Chaque entretien fera l’objet d’une fiche signalétique qui synthétisera les principales informations contenues dans l’entretien et sera mise à disposition des autres membres de l’équipe après anonymisation. Cette méthode, expérimentée dans le cadre du projet Elap, a démontré son efficacité pour coordonner une post-enquête qualitative impliquant plusieurs chercheur·es.
Les thématiques de recherche abordées dans les entretiens renvoient plus spécifiquement aux rapports d’âge (placement et difficultés dans l’enfance, recours aux droits des étudiant·es, des jeunes et des personnes de plus de 50 ans), de race (famille et migration, discriminations dans l’espace public et l’accès au logement), de genre (violences et parcours de précarité résidentielle des minorités sexuelles et de genre), de classe (rapport à l’emploi, inégalités sociales de santé et d’accès aux droits) et de citoyenneté (situation administrative, liens aux institutions).
Selon les thématiques considérées, ces rapports sociaux seront étudiés de façon articulée ou de façon plus spécifique, permettant ainsi de mettre en œuvre l’approche intersectionnelle au cœur du troisième axe de la recherche.
Les entretiens seront réalisés dans sept régions françaises (Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Hauts-de-France, Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur) et dans différents types de dispositifs d’aide et de lieux de vie (centres d’hébergement, haltes de jour, squats, campements, habitations de fortune, etc.).
Cette diversité géographique et institutionnelle permettra de saisir les variations territoriales dans la prise en charge des personnes sans domicile et d’interroger les frontières entre hébergement institutionnel et logement personnel (axe 1). Les membres du collectif de recherche réaliseront une dizaine d’entretiens chacun·e, soit un corpus d’environ 150 entretiens.
Ces données quantitatives et qualitatives nourriront de manière complémentaire les trois axes de recherche.
Axe 1 : Définition et contours de la population sans-domicile
A partir des enquêtes qualitatives et quantitatives, il s’agira d’exploiter les résultats dans une démarche s’appuyant sur des outils théoriques et méthodologiques issues de la démographie, de la sociologie et de la géographie. Les résultats produits feront l’objet de soumission d’articles scientifiques dans la revue Population et dans la revue Populations et sociétés de l’Ined.
- Cartographier les nouvelles formes d’exclusion résidentielle : les campements, les bidonvilles, les situations d’hébergement contraint chez des tiers, les personnes logées qui fréquentent les services d’aide et sont à la frontière du sans-domicilisme.
- Interroger les frontières entre hébergement institutionnel et logement personnel : l’enquête permettra de mieux comprendre des situations intermédiaires et la porosité entre différents statuts résidentiels.
- Analyser les évolutions démographiques et sociologiques de ces populations : une attention particulière sera portée aux « nouvelles » catégories touchées par l’exclusion du logement (travailleurs et travailleuses précaires, étudiant·es précaires, personnes âgées aux petites retraites, femmes seules ou avec enfants, populations migrantes).
Axe 2 : Trajectoires de vie et rapports aux institutions
Les entretiens retraceront les trajectoires résidentielles. En croisant les récits biographiques avec le fonctionnement des politiques publiques et la cartographie du paysage institutionnel, cet axe fera l’objet d’une soumission de publication dans la revue Politix et insistera sur les déterminants et les freins à la prise en charge.
- Analyser les effets des transformations institutionnelles : dans un contexte de délitement du droit commun,
de saturation de l’hébergement d’urgence et d’insertion, et de manque de logements sociaux accessibles, il s’agira d’examiner comment ces contraintes structurelles affectent les parcours résidentiels et les stratégies de survie des personnes. - Étudier l’impact de la dématérialisation des services publics : l’enquête explorera comment la digitalisation de l’accès aux droits crée de nouveaux freins pour les populations les plus vulnérables et quelles peuvent en être les conséquences en termes de non-recours et de contournement.
- Comprendre les conséquences des politiques migratoires récentes : une attention spécifique sera portée aux trajectoires des personnes issues de l’immigration qui, faute de place dans les dispositifs dédiés, se tournent vers les structures d’aide aux sans-domicile, ainsi qu’aux effets des politiques migratoires de plus en plus restrictives sur leurs conditions d’hébergement.
- Examiner les expériences d’expulsion et de mobilité forcée : l’analyse portera notamment sur les populations faisant l’objet d’expulsions récurrentes d’institutions (Dietrich-Ragon et Loison 2025b), de lieux d’habitation (campements, squats) ou de déplacements de l’Ile-de-France vers les régions dans le cadre de dispositifs spécifiques (comme le programme Emile) et sur les effets de cette instabilité résidentielle sur leurs trajectoires.
Axe 3 : Approche intersectionnelle des populations vivant en marge du logement
Cet axe transversal vise à compléter les angles morts des recherches produites au cours des 30 dernières années sur l’imbrication des rapports de classes, de genre, d’âge et de race dans le phénomène du sans-domicilisme en France. Les résultats produits dans cet axe feront l’objet d’une proposition de coordination d’un numéro dans la revue Lien social et politique permettant un dialogue à l’international, notamment dans les autres pays francophones.
- Analyser les inégalités de genre dans l’accès au logement et à l’hébergement : l’enquête examinera les parcours spécifiques des femmes, accompagnées ou non d’enfant(s), et des personnes LGBTQIA+ en situation de précarité résidentielle.
- Étudier l’articulation entre origine migratoire, statut administratif et exclusion du logement : il s’agira de comprendre comment les discriminations raciales et les barrières administratives se conjuguent pour produire des formes spécifiques d’exclusion et limiter l’accès aux dispositifs d’aide.
- Interroger les effets croisés de l’âge, de la précarité économique et du genre : une attention particulière sera portée aux populations âgées aux faibles ressources, dont la situation est souvent invisibilisée dans les représentations dominantes du sans-domicilisme.
- Évaluer la manière dont s’articulent différentes variables telles que le sexe, l’origine sociale et géographique, l’offre de services d’aide sur les territoires, l’état de santé et l’âge et leurs effets sur les trajectoires résidentielles et sur les discriminations dans l’accès au logement et à l’hébergement.